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LUTTE CONTRE LA JAUNISSE DE LA BETTERAVE - OUI, LA BETTERAVE PEUT SE PASSER DE NÉONICOTINOÏDES

lundi 26 octobre 2020, par C3V Maison Citoyenne

EN FRANCE, LES NÉONICOTINOÏDES REVIENNENT PAR LA BETTERAVE

Les néonicotinoïdes sont interdits en France depuis le 1er septembre 2018.

Mais cette mesure doit être levée. C’est ce qu’a annoncé le gouvernement de Jean Castex : il va proposer une modification législative à l’automne 2020 pour autoriser à nouveau les agriculteurs à utiliser dès 2021 et jusqu’en 2023 maximum, sous "conditions strictes", des semences de betteraves enrobées de néonicotinoïdes. L’objectif est en effet de lutter contre la jaunisse de la betterave, maladie qui menace cette culture. La ministre de la Transition énergétique Barbara Pompili parle d’une "décision difficile" sans laquelle "il n’y aura plus de filière sucrière en France" d’ici 6 mois. Présidente du parti Génération Ecologie (GE) et ancienne ministre de l’Ecologie, Delphine Batho dénonce elle une mesure prise "sous la pression des lobbys de l’industrie du sucre" et dont les conséquences sont "monstrueuses" pour "l’environnement", "les insectes, les oiseaux et l’ensemble du vivant"... Sciences et Avenir explique ci-dessous les éléments clés du débat.
O.L.


Qu’est-ce que le virus de la jaunisse ?
Il s’agit plutôt d’une famille de quatre virus dont le mode de fonctionnement est similaire et contre lesquels il n’existe aucun traitement.
Présent dans des réservoirs naturels que sont les repousses sauvages de betteraves, des adventices et des plantes cousines comme les épinards, ces virus profitent d’un insecte piqueur, le puceron vert du pêcher Myzus persicae, qui se nourrit sur plus de 400 végétaux différents, pour se disséminer. Le cycle de vie de la betterave sucrière, du puceron et du virus coïncide pour un impact maximum.


Concernant la catastrophe annoncé parles syndicats agricoles qui parlent de pertes de 20 à 50%, on trouve ceci sur le site Bayer :
" Concernant les betteraves, l’ITB estime les pertes nationales de rendement dues à la jaunisse à 6%, avec des pertes pouvant aller jusqu’à 10 ou 20% dans certaines régions. "

Cultiver de la betterave, pour quoi faire ? Réponse, dans l’ordre d’importance...


1. Produire du sucre : 5 millions de tonnes sont fabriquées tous les ans en France, à 95% à partir de betteraves et 5% canne à sucre (les DOM).
2. Fabriquer de l’éthanol. Cet "agricarburant" entre dans la composition de l’essence distribuée quotidiennement dans nos stations services. On parle de 1ère génération pour designer l’emploi direct du fruit ou du légume : cette approche sera bientôt interdite (voir fin de l’article) pour mettre l’accent sur les agricarburants de 2e générations où l’on tire profit des "déchets verts". Autrement dit les fanes de la betterave plutôt que sa racine, ou la tige et les feuilles du maïs en remplacement de ses grains.
3. De façon minoritaire, la betterave rouge est aussi cultivée pour l’alimentation humaine et la betterave fourragère pour celle des bovins.


TRES IMPORTANT !

Qu’attendre des variétés résistantes et du bio-contrôle ?

Des variétés résistantes à la jaunisse ont été développées notamment au Royaume-Uni au début des années 2000. Ces recherches de gènes induisant une réponse au virus sont longues et ont été freinées avec le développement des néonicotinoïdes qui ont constitué une réponse rapide et efficace immédiatement adoptée par le secteur agricole. La recherche a repris. Quatre variétés sont actuellement en cours d’évaluation et des études sont en cours sur le comportement des pucerons et les mécanismes de transmission du virus.

Le bio-contrôle est nettement plus prometteur et bien plus rapide à mettre en œuvre. "On voit bien à la fin du printemps que les prédateurs réduisent très fortement les populations de pucerons, note Xavier Reboud. Il faut donc trouver les moyens de favoriser leur arrivée en même temps que les pucerons pour éviter que leur nombre explose". Cela nécessite de donner une plus grande place aux végétaux favorisant les coccinelles et les syrphes : bandes enherbées plus étendues, haies, arbres, mares. C’est l’agro-écologie.


Quel avenir pour la betterave en France ?

Le secteur betteravier fait face à d’autres défis. Depuis 2017, les quotas mondiaux de production ont disparu. Le marché est désormais mondial. Il est en surproduction et les prix ont fortement baissé. De plus des pays comme l’Inde ou la Thaïlande aident leurs exportateurs, provoquant des distorsions de concurrence. 1er producteur européen, la filière française compte 25.000 planteurs et 46.000 emplois dans l’industrie. Outre le sucre, les 14 distilleries produisent de l’éthanol incorporé dans l’essence comme biocarburant, un débouché qui devrait se tarir à la fin de la décennie avec l’interdiction des agro-carburants entrant en concurrence avec des filières alimentaires. Une des voies empruntées par les industriels est celle du sucre bio. Quoiqu’il en soit, la filière est effectivement en danger. Mais pas seulement à cause d’un puceron...

Science et avenir

Vous pouvez aussi consulter notre précédent article sur ce sujet ICI

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