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Oyez, lecteurs ! Appel des coulisses du Livre Un coup de dés dans l’océan des signes d’un TAD (travailleur à domicile) de l’édition

lundi 8 décembre 2014, par C3V Maison Citoyenne

Soit vous êtes lecteur, donc concerné par ce que vivent les correcteurs et lecteurs-correcteurs de l’édition – car imaginez seulement un instant le livre sans ces deux stades de lecture professionnelle absolument indispensables avant sa mise sur le marché…

Soit vous avez peut-être l’insigne privilège d’être encore salariés de l’édition.

À domicile s’entend, payé au signe, à la tâche, sans garantie aucune de travail ni de chômage, puisque vous n’avez droit à rien entre deux manuscrits – ben non, vous êtes en CDI.

Correcteurs, lecteurs-correcteurs, humbles travailleurs du Livre, vous avez vu passer les 35 heures, les RTT, les jours fériés, les heures supplémentaires, autant de bienfaits qui vous ont échappé puisque vous êtes à domicile et que vous payez cette liberté au prix fort : la particulière précarisation d’un travail intellectuel solitaire qui s’effectue loin des bureaux des éditeurs et vous tient éloignés des droits de vos collègues sur place.

Outre que vous bénéficiez d’un tarif horaire indigent (entre 11 et 14 euros l’heure selon le stade de lecture, épreuves ou préparation), vous avez à assumer vous-mêmes le coût de votre externalisation. Car ce ne sont pas les 5 % à 7 % généreusement octroyés comme « prime d’atelier » qui peuvent couvrir vos frais professionnels : ordinateur, logiciels, bureau, Internet, téléphone… Et vous ne savez jamais de quoi le mois prochain sera fait : plein temps ? mi-temps ? coup de bourre (horaires de dingue) ? creux saisonnier (revenu dérisoire voire nul) ?

Mais jusqu’ici – ô temps béni ! – vous aviez encore droit à la même mutuelle et aux mêmes prestations que tous les salariés de l’entreprise.

C’était encore trop ! Vous étiez privilégiés (seulement 16 % des TAD bénéficient d’une mutuelle « maison », les plus précaires – ceux qui font le moins d’heures – étant, on s’en doute, les plus pénalisés).

Entends, lecteur, ce qui se passe dans les coulisses de la fabrication du livre

L’aristocrate Gallimard a ouvert la brèche il y a quelque temps déjà en imposant à ses correcteurs et lecteurs-correcteurs – déjà fragiles – une mutuelle discriminatoire, bien plus chère que celle à laquelle ils cotisaient auparavant (la même que celle des salariés sur site), au prétexte qu’ils feraient partie d’une catégorie objectivement à part.

Le Seuil a suivi il y a peu. Il n’y a pas de petites économies. Ses correcteurs et lecteurs-correcteurs viennent de recevoir à leur tour une lettre recommandée mettant fin à la « mutuelle maison » dont ils bénéficiaient jusque-là, au motif qu’ils seraient eux aussi devenus une catégorie objective. Tiens donc. Leur santé n’aurait pas le même prix que celle des salariés sur site !

La direction pourra alors très prochainement proposer une sous-mutuelle à tous ses TAD, comme l’exige l’ANI (Accord national interprofessionnel) à partir de 2016… et bénéficier de quelques exonérations au passage.

Cette nouvelle stigmatisation des travailleurs à domicile (au nombre de 1 200, soit environ 10 % des salariés de l’édition), si elle était entérinée par les tribunaux et autorisée par la Sécurité sociale, précariserait tous les travailleurs intellectuels, télétravailleurs présents et futurs, qui deviendraient salariés de seconde zone, littéralement vampirisés par les actionnaires…

Tous précaires !

Auteurs, traducteurs, lecteurs-correcteurs, correcteurs, infographistes, maquettistes… la chaîne des compétences est vaste, et la précarité s’étend : ni droit au chômage entre deux boulots, ni couverture sociale digne de ce nom. Le nivellement se fait pas le bas – chose banale, me direz-vous… Les patrons du livre se goinfrent, et ce n’est jamais assez.

Donc, camarades, collègues, amoureux de la langue et de la pensée, lecteurs, susnommés prétendument catégorie objective, quatre lecteurs-correcteurs de Gallimard passent en jugement le mercredi 10 décembre prochain pour avoir dénoncé cette discrimination. Il serait plus que temps que les petites mains – si atomisées soient-elles mais sans lesquelles le livre ne serait pas – se réveillent et se donnent un premier rendez-vous !

CHICHE !

Et merci, lecteurs, de faire circuler cet appel…

Mercredi 10 décembre

CPH de Paris

27, rue Louis-Blanc

métro Louis-Blanc, Paris 10e

à 9 heures

Voir en ligne : MEDIAPART. Précaire.édition.

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