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PRÉSIDENTIELLE : LA SURENCHÈRE NUCLÉARISTE MOQUÉE PAR DES ÉCOLOS - CE QUE PENSE NOS POLITIQUE DU NUCLEAIRE ?

vendredi 1er avril 2022, par C3V Maison Citoyenne

PRÉSIDENTIELLE :

LA SURENCHÈRE NUCLÉARISTE MOQUÉE PAR DES ÉCOLOS


Des militants écologistes du réseau Sortir du nucléaire ont organisé mercredi 29 mars à Paris des trophées « Nucléaire Vert 2022 ». Objectif de cette action parodique : dénoncer les programmes pro-atome des candidats à l’élection présidentielle. L’occasion pour Reporterre de détailler ces programmes.

Paris, reportage

« Et nous décernons le "prix de la révélation 2022" à Emmanuel Macron pour avoir fait son coming out nucléaire à quelques semaines de l’élection présidentielle !

Parce que c’est notre projeeeeet ! » Mercredi 30 mars, une dizaine de militants du réseau Sortir du nucléaire se sont rassemblés place de la République à Paris pour décerner les trophées « Nucléaire Vert 2022 » aux candidats à l’élection présidentielle favorables à une relance de la filière nucléaire en France. Dissimulés sous des masques à l’effigie des candidats, équipés de combinaisons blanches, ils ont paradé devant des affiches électorales parodiques munis de tours de refroidissement en carton jaune. Tous sauf Emmanuel Macron qui était doté d’un dôme de bâtiment réacteur doré portant l’inscription « EPR d’or » — un EPR est un réacteur nucléaire de troisième génération. Les militants ont ensuite barbouillé les pancartes de peinture verte pour symboliser le greenwashing des discours politiques sur l’atome.

Neuf des douze candidats ont été récompensés à cette occasion. Outre Emmanuel Macron, Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière) a obtenu le « prix de la meilleure (petite) musique » pour avoir dit « c’est pas la faute au nucléaire, c’est la faute au capitalisme ». Le « prix de la meilleure fiction » a été délivré à Marine Le Pen (Rassemblement national) pour sa promesse de rouvrir la centrale nucléaire de Fessenheim, fermée en 2020. « Magnifique jeu d’actrice, destiné à séduire un électorat populaire », a commencé une militante de l’association. Éric Zemmour (Reconquête) a été décoré du « prix du meilleur scénario », pour son projet « délirant » de construire quatorze nouveaux réacteurs. « Même Scorsese n’aurait pas imaginé un tel scénario catastrophe », l’a félicité la militante.

La majeure partie des candidats sont favorables au nucléaire. © Émilie Massemin/Reporterre

Le prix du « meilleur second rôle » a été remis à Anne Hidalgo (Parti socialiste), accusée de s’être montrée vague sur son échéance de sortie du nucléaire, d’avoir qualifié l’atome d’« énergie de transition » et de n’avoir pas signé le Manifeste pour la sortie du nucléaire de l’association. Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) a reçu le « prix du meilleur montage » pour n’avoir « retenu que les informations sur le nucléaire qui l’intéressent ». Fabien Roussel (Parti communiste français) a été gratifié du « prix du meilleur costume » « pour son vêtement de prolétaire vert ». Quant à Valérie Pécresse (Les Républicains), les militants lui ont attribué le « prix de la meilleure comédie » « pour sa blague sur l’EPR de Flamanville qui serait le réacteur le plus sûr du monde. Ce chantier a accumulé tellement de déboires qu’il n’y a plus que la candidate républicaine pour le défendre », a raillé la militante.

Quatre candidats sont favorables à une sortie plus ou moins rapide du nucléaire
Dans son programme, Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise) promet d’abandonner les projets d’EPR et de planifier le démantèlement, la réhabilitation et la reconversion des sites nucléaires et de l’ensemble de leur bassin de vie. « Le nucléaire est un danger, voilà ce que la guerre en Ukraine nous a rappelé » a déclaré le candidat de La France insoumise sur France inter le 30 mars. Il a aussi assuré que s’il pouvait sortir du nucléaire d’ici dix ou quinze ans, il le ferait.
Yannick Jadot (Europe Écologie-Les Verts), lui aussi, s’est résolument engagé pour une sortie du nucléaire. « Les réacteurs actuels seront fermés au fur et à mesure de leur obsolescence, dont une dizaine d’ici 2035, tout en garantissant la sécurité des installations et la continuité des approvisionnements en électricité. Nous soutiendrons l’innovation pour trouver des solutions à la gestion des déchets et développerons une filière d’excellence dans les métiers du démantèlement », lit-on dans son programme (à télécharger.)
Dans une interview accordée à 20 Minutes le 17 mars, il a systématiquement démoli les arguments pronucléaires de ses concurrents. L’indépendance énergétique dans un contexte de guerre en Ukraine ? « 50 % de notre uranium vient de l’ex-URSS : du Kazakhstan et de l’Ouzbékistan notamment [environ 38 % de 2005 à 2020]. En ce moment même, nous avons Rosatom, le géant du nucléaire, très lié à Poutine, qui est en train de racheter 20 % de GEAST, une entreprise française de construction des turbines nucléaires. » Une énergie bon marché ? « L’EPR de Flamanville, ça devait être 3 milliards, c’est 20 milliards aujourd’hui. Vouloir construire six, huit ou quatorze réacteurs de type EPR, c’est totalement aberrant pour le pouvoir d’achat des Français. (…) Aujourd’hui, c’est deux fois moins cher d’avoir des énergies renouvelables que de l’électricité de type EPR. »

Emmanuel Macron a promis lors de son discours de Belfort du 10 février le lancement immédiat de la construction de six EPR. © Émilie Massemin/Reporterre
Dans son programme (à télécharger), Anne Hidalgo promet qu’« il n’y aura pas de construction de nouveaux EPR ou de petits réacteurs modulaires » et un mix 100 % énergies renouvelables « aussi rapidement qu’il sera possible de le faire ». Pour autant, elle ne prévoit pas de « sortie précipitée » du nucléaire « pour ne pas faire flamber le prix de l’énergie ». « La durée de vie des centrales nucléaires actuelles sera définie sous le contrôle de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et du parlement, et elles pourront bénéficier dans ce cadre d’investissements destinés à prolonger leur durée d’exploitation », indique-t-elle. Interrogée à ce sujet le 16 mars sur Europe 1, elle disait vouloir s’appuyer sur le scénario de RTE qui vise un mix 100 % renouvelables en 2050. « Est-ce que ce sera 2050 ou est-ce que ce sera 2060 ? Il faudra être pragmatique », a-t-elle précisé.

Dans son programme, Philippe Poutou (Nouveau Parti anticapitaliste) promet un arrêt du nucléaire en dix ans, passant par la fermeture immédiate des réacteurs de plus de quarante ans et l’abandon des projets d’enfouissement des déchets radioactifs. « Il faut l’arrêter le plus vite possible. On a un schéma de sortie en dix ans. Les énergies renouvelables, cela ne suffira pas. Donc on discute de la chasse au gaspillage », a-t-il précisé dans un entretien accordé auBien public le 29 mars.

« Il y a eu un basculement avec le début de la guerre en Ukraine »

Ces prises de position tranchées n’étonnent pas Pauline di Nicolantonio, porte-parole du réseau Sortir du nucléaire. « Nous avons senti un basculement dans la campagne avec le début de la guerre en Ukraine, explique-t-elle à Reporterre. Le sujet est devenu bien plus clivant avec le risque d’utilisation d’armes nucléaires et surtout les bombardements à proximité d’une centrale nucléaire en fonctionnement et la prise symbolique de Tchernobyl, qui ont montré que le nucléaire civil pouvait également être utilisé comme une arme. » Les candidats pronucléaire ont alors présenté l’atome comme un moyen de reconquérir une indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie et Jean-Luc Mélenchon et Yannick Jadot ont plus fortement pris position, poursuit la militante. « À ce titre, Jean-Luc Mélenchon a évolué de manière intéressante : alors qu’il s’était dit ouvert à l’idée d’un référendum sur le nucléaire en cas d’alliance avec le Parti communiste français, il n’en est aujourd’hui plus du tout question. »

La majorité des candidats à l’élection présidentielle sont favorables à l’atome

Emmanuel Macron a promis lors de son discours de Belfort du 10 février le lancement immédiat de la construction de six EPR et le lancement d’études pour huit EPR supplémentaires, ainsi que le prolongement de « tous les réacteurs qui peuvent l’être », des investissements dans la recherche surles petits réacteurs modulaires et des « réacteurs innovants capables de (…) produire moins de déchets » etla nationalisation d’EDF.

Marine Le Pen (programme écologique à télécharger) prévoit la mise en chantier de réacteurs de quatrième génération et de réacteurs SMR. Lors de sa conférence de presse du 14 mars, elle a dévoilé son « Plan Marie Curie » consistant au lancement, dès son arrivée à l’Élysée, de la construction de cinq paires d’EPR pour une livraison à partir de 2036 et à l’installation de petits réacteurs modulaires dès 2031. Son objectif est d’installer 1 600 mégawatts de puissance nucléaire chaque année en moyenne entre 2040 et 2060. Elle a en outre promis la réouverture de la centrale nucléaire de Fessenheim et la relance du projet de réacteurs à neutrons rapides Astrid avec pour objectif d’aboutir à un prototype en 2031.

Dans son programme, Valérie Pécresseprévoit d’arrêter immédiatement la fermeture de douze réacteurs prévue par la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et de supprimer le plafond de 50 % de nucléaire dans le mix électrique en 2035, de construire six EPR dont quatre à démarrer d’ici 2035 et de relancer le projet Cigéo d’enfouissement des déchets radioactifs et le programme Astrid de réacteur de quatrième génération. La candidate s’était illustrée par une visite à la centrale nucléaire du Bugey (Ain) en soutien à la filière, le 29 janvier dernier.

Particulièrement fourni sur le nucléaire, le programme d’Éric Zemmour prévoit de construire « au moins » quatorze nouveaux réacteurs nucléaires d’ici 2050, de stopper la fermeture des douze réacteurs prévue d’ici 2030, de supprimer l’objectif de réduire la part du nucléaire à 50 % du mix électrique d’ici 2035, de prolonger les réacteurs existants jusqu’au 60 ans voire plus et de soutenir le développement des petits réacteurs modulaires et du « nucléaire du futur » — projet Astrid de réacteur de quatrième génération, projet Iter.Le candidat veut également « imposer le nucléaire à l’échelle européenne comme étant le principal outil de lutte contre le changement climatique ». Invité sur BFM et RMC le 8 mars, il s’était également prononcé pour la réouverture de la centrale nucléaire de Fessenheim, où il était en visite le 3 février pour un vibrant plaidoyer pour l’atome.
Marine Le Pen a promis la réouverture de la centrale nucléaire de Fessenheim. © Émilie Massemin/Reporterre

Le programme de Fabien Roussel indique « la construction de six EPR supplémentaires au minimum ». « Le discours de Jadot est un discours de bisounours (…) C’est une erreur de penser qu’il ne faudra pas investir dans le nucléaire. (…) Comment peut-on croire que le vent et le soleil vont nous fournir une électricité stable, régulière ? C’est de l’électricité intermittente », a taclé le candidat communiste dans l’émission Président.e.2022 le 10 mars.

Nicolas Dupont-Aignan fait la part belle à l’atome dans son programme : il veut maintenir le nucléaire à 70 % de la production d’électricité « minimum » [1] ; conforter le développement des réacteurs de quatrième génération ; poursuivre la recherche « pour un nucléaire 100 % propre » en développant une filière thorium censée permettre l’élimination des déchets par transmutation ; soutenir la recherche sur le projet Iter ; maintenir l’actionnariat public d’EDF et restituer au Commissariat à l’énergie atomique (CEA) « la maîtrise de la recherche et de la technologie nucléaires ».

Dans son programme (à télécharger), Jean Lassalle prévoit de rénover et prolonger de vingt-cinq ans les centrales nucléaires en fin de vie, de développer des centrales nucléaires de quatrième génération « plus sûres que les précédentes » et d’investir dans Iter.

Si son programme ne fait pas mention du nucléaire, Nathalie Arthaud a écrit au réseau Sortir du nucléaire que « poser le problème en termes de sortir ou ne pas sortir du nucléaire, indépendamment des conditions sociales et économiques dans lesquelles nous vivons, est au mieux une impasse, au pire une diversion. Car c’est tout le capitalisme qui représente un danger mortel ».




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